Wilfrid Almendra, « Killed in Action (Case Study Houses) » | Fondation d'Entreprise Ricard / Art Contemporain | Galeries mode d'emploi
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Les expositions

Wilfrid Almendra, « Killed in Action (Case Study Houses) »

Du 11 décembre 2009 au 13 mars 2010

Galerie : BUGADA & CARGNEL ( COSMIC GALERIE)

7, rue de l'Équerre, 75019 Paris

Fiche galerie

Le programme des Case Study Houses est une expérience architecturale visant à construire des maisons modernes, fonctionnelles et économiques, qui s'est déroulée sur la côte ouest des États-Unis, principalement autour de Los Angeles, entre 1945 et 1966. Lancé par la revue Arts & Architecture, le programme a pour objectif de réaliser des maisons modèles susceptibles d'apporter une répondre au boom immobilier provoqué par la fin de la Seconde Guerre mondiale et le retour de millions de soldats, jeunes hommes amenés à fonder un foyer.

La déclaration d'intention du programme affirme que « les maisons doivent pouvoir être reproduites et en aucune façon être des créations particulières ; (...) [elles] seront conçues dans l'esprit de notre époque, en utilisant dans la mesure du possible de nombreux matériaux et techniques issus de la guerre, les mieux adaptés à l'expression de la vie de l'homme dans le monde moderne. » Les architectes sollicités sont parmi les importants du moment : Richard NEUTRA, Charles et Ray EAMES, Pierre KOENIG, Eero SAARINEN etc. Sur les 37 projets conçus (35 maisons individuelles et deux ensembles d'appartements), 26 sont réalisés (25 maisons, dont certaines devenues des icones de l'architecture, et la première tranche d'un programme collectif) et constituent le témoignage, pour ceux qui ont subsisté, d'un des plus importants programmes architecturaux du XXème siècle.

Quant aux dix projets de maisons qui n'ont pas vu le jour, ils ont inspiré à Wilfrid ALMENDRA sa série Killed in Action (Case Study Houses), soit autant d'œuvres empruntant chacune à l'un des projets. Le titre reprend une expression militaire consacrée et suggère que ces projets avortés, dont la raison d'être et les procédés de réalisation sont directement liés à la guerre, sont comme des soldats du modernisme tombés au champ d'honneur. Wilfrid ALMENDRA présente ainsi dix sculptures murales, bas- ou haut-reliefs qui font passer les architectures de l'horizontale à la verticale.

Chaque sculpture s'inspire dans sa forme du plan masse du projet correspondant, ainsi que des techniques et matériaux de construction prévus pour sa mise en œuvre. Wilfrid ALMENDRA trouve ici l'occasion d'exercer son art des assemblages à partir d'une large palette de matériaux - bois, béton, métal, pierre, verre, métal, plâtre, carrelage etc. Comme souvent chez l'artiste, pour qui le processus de production fait partie intégrante de l'œuvre, ces matériaux racontent en creux d'autres histoires : un morceau d'asphalte découpé au lapidaire thermique sur une route devient le terrain d'une maison ; les coiffes pyramidales de poteaux en béton prélevées dans une demeure à l'abandon, les toits de pavillons ; l'ancienne porte de sa propre maison de famille au Portugal, la plate-forme sur pilotis de ces pavillons.

Wilfrid ALMENDRA joue également avec les détails architecturaux caractéristiques des différents projets, qui deviennent autant de formes abstraites : ici un toit monumental transformé en totem de métal et de verre armé ; là un escalier ou une rampe d'accès, une terrasse ou une piscine, là encore une monumentale cheminée intérieur / extérieur qui s'intègrent dans les compositions. D'autres éléments, liés au contexte de conception des projets ou à leur promotion s'agrègent pareillement aux sculptures. Ainsi de ce projet pour lequel toutes les esquisses de l'époque mettaient en scène une famille modèle, dont le père rejoignant son domicile à bord de son hélicoptère personnel, véhicule individuel du futur - vision naïvement optimiste de l'avenir ; dans la sculpture de Wilfrid ALMENDRA, le motif des pales d'hélicoptère se retrouve fusionné avec la maison elle-même.

Mais Wilfrid ALMENDRA extrapole aussi sur ce que ces projets, s'ils avaient été construits, seraient devenus, questionnant ainsi le devenir pavillonnaire de l'utopie moderniste. Un certain nombre des Case Study Houses effectivement construites ont d'ailleurs elles-mêmes été longtemps négligées, ou subi de significatives transformations, voire de profondes dénaturations, pour s'adapter aux besoins de leurs habitants, avant que l'importance du programme ne soit finalement reconnue il y a quelques années seulement. Les sculptures de Wilfrid ALMENDRA évoquent à la fois le vieillissement de l'architecture - et à travers lui le passage du temps -, et sa "customisation" à coups de gros crépi, de frisette vernie ou d'extensions sauvages. Ainsi d'une sculpture en béton coffré dont les fers proéminents rappellent à la fois ceux qui réapparaissent sous le béton qui s'érode et les maisons commencées sans permis et jamais terminées - ossature de béton et fers dressés, silhouettes familières dans les pays du Sud de l'Europe.

Les œuvres de la série Killed in Action (Case Study Houses), accompagnées ici de dessins préparatoires et de facsimilés de documents d'époque, combinent donc subtilement plusieurs niveaux lectures : au premier abord d'une qualité esthétique brillamment abstraite, elles proposent une réflexion sur l'architecture moderniste et son devenir tout en explorant avec empathie la façon dont les hommes s'accommodent de leur habitat et de leur environnement.

 

Wilfrid Almendra, Courtesy Cosmic Gallery Wilfrid Almendra, Courtesy Cosmic Gallery

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